Archives mensuelles : décembre 2014

Le scandale de corruption au Brésil prend une dimension internationale

Un excellent article de Paulo Paranagua, journaliste du Monde,

sur son blog http://america-latina.blog.lemonde.fr

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Manifestations contre la corruption Brésil 14

Chaque jour apporte aux Brésiliens son lot de révélations sur l’affaire de corruption qui entache la compagnie pétrolière nationale Petrobras et les principales entreprises du bâtiment et des travaux publics (BTP). Des chantiers de ces multinationales brésiliennes à l’étranger sont dans le collimateur des enquêteurs. Leur financement par la Banque nationale de développement économique et social (BNDES) menace cette importante institution.

Le scandale prend des allures de séisme aux multiples répliques, qui compromet le second mandat de la présidente Dilma Rousseff et la reprise de la croissance. Dimanche 21 décembre, la présidente a tenté de rassurer l’Amérique latine. Dans un entretien à la presse régionale, elle a affirmé : « Le Brésil ne vit pas une crise de corruption ».

Pourtant, le ministère public a déjà inculpé 36 personnes, la plupart des PDG et cadres dirigeants, pour corruption, blanchiment d’argent et association de malfaiteurs. Ils sont accusés d’avoir constitué un cartel du BTP pour surfacturer les contrats avec Petrobras et verser des pots-de-vin. Ces sommes étaient destinées à financer le Parti des travailleurs (PT, gauche) de Dilma Rousseff et deux formations de la coalition gouvernementale, le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, centre) du vice-président Michel Temer et le Parti progressiste (PP, droite). Des listes d’hommes politiques mis en cause circulent dans la presse. Selon la police fédérale, les malversations dépasseraient les 10 milliards de reais (3 milliards d’euros).

L’enquête s’intéresse à 747 chantiers, dont certains ont été remportés par les Brésiliens dans d’autres pays. Parmi eux figure l’élargissement du port de Mariel, à Cuba, un projet stratégique confié à Odebrecht, numéro un du BTP brésilien. Dilma Rousseff s’est déplacé pour l’inauguration de sa zone portuaire, en janvier 2014, à côté de son homologue cubain, Raul Castro. Il est question aussi d’un gazoduc à Cordoba, en Argentine, sur lequel travaille un autre géant brésilien, OAS.

Opacité de la BNDES

Dans ces deux cas, les travaux ont été financés par la BNDES, une institution dont les ressources rivalisent avec celles de la Banque mondiale et de la Banque interaméricaine de développement. En 2013, le gouvernement avait classé comme secrets tous les documents de la BNDES concernant les crédits accordés à Cuba et à l’Angola, pays réputé pour sa corruption, où Odebrecht est implanté depuis la guerre civile. Ces opérations étaient ainsi soustraites à la nouvelle loi d’accès à l’information adoptée à Brasilia. La Cour des comptes exige d’en connaître le détail, puisque ce sont des fonds publics, mais la BNDES invoque le secret bancaire. La Cour suprême devra trancher. Selon le procureur fédéral Helio Telho Correa Filho, « lorsque la boîte noire de la BNDES sera ouverte », les Brésiliens découvriront un scandale bien plus grave que celui de Petrobras.

Le juge chargé de l’affaire Petrobras-BTP, Sergio Moro, refuse toute instrumentalisation partisane. « La prévention et la répression de la corruption, du crime organisé et du blanchiment d’argent, sont nécessaires pour renforcer les institutions démocratiques et l’Etat de droit, affirme-t-il. Petrobras est elle-même victime des crimes commis. L’investigation et la révélation des malversations peuvent entraîner un coût momentané, mais apporteront des bénéfices plus grands à l’avenir. » En attendant, la valeur en bourse de Petrobras a dégringolé et atteint le niveau d’il y a onze ans, avant la découverte des réserves en eaux profondes connues sous le nom de « pre-sal ».

Candidate socialiste à la présidence aux élections d’octobre, Marina Silva a demandé « le changement de toute la direction de Petrobras, incapable d’éviter ce qui a été fait ». Le procureur général de la République, Rodrigo Janot, a, lui aussi, proposé « le remplacement de toute la direction ». Mais Dilma Rousseff hésite à sacrifier Graça Foster, une proche, qu’elle avait hissé à la tête de Petrobras en février 2012, pour remplacer José Sergio Gabrielli, un fidèle du PT, resté à la présidence de l’entreprise pendant sept ans, un record (2005-2012). Résultat : à en croire un sondage de l’institut Datafolha, 68 % des Brésiliens estiment que la responsabilité de la présidente du Brésil est engagée dans le scandale.

 

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La UNE de l’hebdo VEJA : L’Ami Américain – O Amigo Americano

Veja est le premier hebdo du Brésil et sa Une de la semaine est très symbolique :

« O Amigo Americano »

« Obama renoue les liens diplomatiques avec Cuba et accélère la fin de la dictature communiste, qui ne pourra plus dans l’avenir prendre le prétexte de l’embargo comme la raison de son échec »

L'ami américain  O amigo americano Veja

L’ami américain
O amigo americano
Veja

Scandale Petrobras : 36 inculpations dont 22 grands patrons

Des dirigeants appartenant à six des principales entreprises brésiliennes de construction mécanique ont été inculpés pour avoir constitué un cartel qui transférait des rétrocommissions du géant public pétrolier Petrobras vers le Parti des travailleurs de la présidente Dilma Rousseff et ses alliés.

Procureur Scandale Corruption Blanchiment Petrobras 2

Le procureur brésilien Deltan Martinazzo Dallagnol présente les résultats de l’enquête de la Police Fédérale

Procureur Scandale Corruption Blanchiment Petrobras

Ces dirigeants ont également été inculpés de corruption et de blanchiment d’argent dans cette affaire qui apparaît embarrassante pour le gouvernement brésilien moins de deux mois après l’élection présidentielle.

L’affaire, qui consistait pour les sociétés à verser des pots-de-vins pour obtenir des contrats avec Petrobras, pourrait impliquer plusieurs dizaines d’hommes politiques et fragiliser le gouvernement de Dilma Rousseff contrainte de compter sur une coalition affaiblie avant le début de son deuxième mandat le 1er janvier.

Au total, le parquet a engagé des poursuites contre 36 personnes, dont 22 travaillaient pour les sociétés OAS, Camargo Correa, UTC Engenharia, Galvao Engenharia, Mendes Junior et Engevix.

« Ces personnes ont volé la fierté du peuple brésilien », a estimé le procureur général brésilien Rodrigo Janot, promettant de mener la procédure judiciaire « jusqu’à son terme ».

Corruption Petrobras

Selon les actes d’inculpation, les sociétés en question formaient un « club » pour s’assurer le monopole des contrats Petrobras. Les dessous-de-table versés représentaient 1% à 5% du montant des contrats. Les fonds étaient versés via de fausses factures à des sociétés-écran qui n’avaient pas de salariés la plupart du temps.

 PBR-x-XLE-2 Cours de Bourse Petrobras

Les enquêteurs cherchent à récupérer environ 1,18 milliard de reals (360 millions d’euros) des sociétés impliquées. Les dirigeants d’autres entreprises de construction mécanique pourraient être inquiétés.

Les accusés, dont certains sont détenus depuis près d’un mois à la prison de Curitiba où l’affaire a été mise au jour, risquent des peines pouvant dépasser 20 ans de réclusion.

« Nous menons une guerre contre l’impunité et la corruption », a déclaré le procureur Deltan Dallagnol devant la presse. « La victime de ce complot est Petrobras », a-t-il ajouté.

Dilma Rousseff fut présidente du conseil d’administration de Petrobras de 2003 à 2010, période au cours de laquelle les enquêteurs pensent que plus de 10 milliards de reals (3 milliards d’euros) auraient été transférés de Petrobras vers le Parti des travailleurs.

La présidente brésilienne dément avoir eu connaissance de ces pratiques et réfute toute implication.

Dilma Petrobras

 

Mais … mais 68% des Brésiliens considèrent que la Présidente Dilma Rousseff a une part de responsabilité (43% beaucoup et 25% un peu) dans le scandale de corruption autour de Petrobras. Source : sondage Datafolha du 7 décembre auprès de 2896 personnes.

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Brésil : les Manifestations contre la Corruption se multiplient

Après le scandale de Petrobras (le « Petrolao »), les Manifestations contre la Corruption se multiplient au Brésil.

Les malversations commises au sein de cette entreprise contrôlée par l’Etat, qui est la plus importante entreprise du Brésil, s’élèveraient selon la police à quatre milliards de dollars sur dix ans.

D’après les premières dépositions, Petrobras et de grandes entreprises brésiliennes de construction se mettaient d’accord, dans le cadre d’appels d’offres, pour surfacturer les contrats et reverser ces montants supplémentaires au PT et à des partis alliés.

Voici quelques photos des dernières manifestations et des dessins satiriques parus cette semaine sur le thème de la corruption.

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