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Scandale Petrobras : Lula aurait reçu 1,3 millions € dans ses entreprises

O ex-presidente Luiz Inácio Lula da Silva na reunião do Partido dos Trabalhadores (PT) na zona sul de São Paulo (SP)

Une bombe dans le scandale Petrobras : Camargo Correa, l’une des entreprises accusées de surfacturation, aurait versé 4,53 millions de Reais (1,3 millions €) à deux entreprises de l’ancien Président de la République Luiz Inácio Lula da Silva. Une expertise de la Police Fédérale montre, d’une part, qu’entre décembre 2011 et décembre 2013, l’Institut Lula a reçu 3 parcelles de 1 million de Reais, et, d’autre part, qu’entre septembre 2011 et juillet 2013, l’entreprise de Lula, LILS Palestra Eventos e Publicidade, a reçu 1,527 millions de Reais.

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C’est la première fois que l’ex-Président est impliqué directement dans l’opération « Lava Jato » (Karcher) menée par la Police Fédérale dans le cadre de l’enquête sur le géant pétrolier brésilien Petrobras. La Police Fédérale a déjà réussi à découvrir les bénéficiaires de 184 millions de Reais en donation de la part de Camargo Correa, qui n’est que l’une des entreprises impliquées dans ce méga scandale. Selon les enquêteurs, cette seule entreprise aurait reçu plus de 2 milliards de Reais (570 millions €) de Petrobras.

Source : Veja du 9 juin 2015 http://veja.abril.com.brscandalept

Les documents publiés par la Police Fédérale

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La Une de Veja d’octobre 2014

Veja Dilma Roussef Lula scandale Petrobras

Veja Dilma Roussef Lula scandale Petrobras 2

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Corruption au Brésil : « Et vous, vous feriez quoi avec 88 milliards ? »

Et vous, vous feriez quoi avec 88 milliards de réaux (ou « reais » en portugais), soit 29 milliards d’euros ? Vous feriez le choix d’acheter 240 jets privés ? De devenir propriétaire de 55 000 Ferrari ? De vous abonner à Netflix durant 416 millions d’années ? D’organiser quatre Coupes du monde ? De financer pendant 3,5 années l’assurance chômage ?
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Autant de projets qui pourraient être réalisés avec les 88 milliards de réaux détournés dans l’affaire Petrobras, la plus grande affaire de corruption jamais connue au Brésil.
Depuis le 28 janvier, les internautes brésiliens ont fait du hashtag #88bilhoes (88 milliards) le sanctuaire d’expression de leur colère et de leur frustration.
Et de lister tout ce qu’ils pourraient acheter avec 88 milliards. Des choses les plus absurdes comme l’achat de 1 142 millions d’appareils auditifs, 22 millions de PS4, 110 millions de smartphones, mais aussi des revendications politiques : 88 milliards permettraient de faire face à la sécheresse qui menace Sao Paulo en construisant trois centrales hydroélectriques.
Le montant détourné représente aussi 1 466 milliards de paniers moyens de la ménagère brésilienne, de quoi éradiquer la faim dans le pays, ou quatre ans de financement de la bolsa familia, le programme mis en place par Lula pour sortir de la misère les plus démunis.
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Un tumblr regroupe toutes les possibilités trouvées sur les différents réseaux sociaux. Pour son créateur :
« C’est un moyen de traiter avec sarcasme la situation. C’est aussi une façon ironique de protester contre le manque de réaction des Brésiliens. En juin 2013, des millions de personnes étaient dans les rues pour 20 centimes d’augmentation du prix des transports publics. Pour 88 milliards d’argent public volés, les réactions se cantonnent aux réseaux sociaux. »
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L’AFFAIRE PETROBRAS
L’enquête de la police fédérale, connue sous le nom de « Operação Lava Jato » (Opération Karcher), et commencée en mars 2014, a mis au jour un système de corruption impliquant des entreprises de travaux publics, des cadres de Petrobras (la compagnie pétrolière brésilienne) ainsi que les plus grands partis politiques du pays. Tous sont accusés d’avoir touché pendant des années de l’argent à travers des contrats de concessions pétroliers volontairement gonflés. Lors de l’annonce des résultats du groupe Petrobras, le 28 janvier, le conseil d’administration a évalué l’impact du scandale à 88 milliards de reais.
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Scandale Petrobras : 36 inculpations dont 22 grands patrons

Des dirigeants appartenant à six des principales entreprises brésiliennes de construction mécanique ont été inculpés pour avoir constitué un cartel qui transférait des rétrocommissions du géant public pétrolier Petrobras vers le Parti des travailleurs de la présidente Dilma Rousseff et ses alliés.

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Le procureur brésilien Deltan Martinazzo Dallagnol présente les résultats de l’enquête de la Police Fédérale

Procureur Scandale Corruption Blanchiment Petrobras

Ces dirigeants ont également été inculpés de corruption et de blanchiment d’argent dans cette affaire qui apparaît embarrassante pour le gouvernement brésilien moins de deux mois après l’élection présidentielle.

L’affaire, qui consistait pour les sociétés à verser des pots-de-vins pour obtenir des contrats avec Petrobras, pourrait impliquer plusieurs dizaines d’hommes politiques et fragiliser le gouvernement de Dilma Rousseff contrainte de compter sur une coalition affaiblie avant le début de son deuxième mandat le 1er janvier.

Au total, le parquet a engagé des poursuites contre 36 personnes, dont 22 travaillaient pour les sociétés OAS, Camargo Correa, UTC Engenharia, Galvao Engenharia, Mendes Junior et Engevix.

« Ces personnes ont volé la fierté du peuple brésilien », a estimé le procureur général brésilien Rodrigo Janot, promettant de mener la procédure judiciaire « jusqu’à son terme ».

Corruption Petrobras

Selon les actes d’inculpation, les sociétés en question formaient un « club » pour s’assurer le monopole des contrats Petrobras. Les dessous-de-table versés représentaient 1% à 5% du montant des contrats. Les fonds étaient versés via de fausses factures à des sociétés-écran qui n’avaient pas de salariés la plupart du temps.

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Les enquêteurs cherchent à récupérer environ 1,18 milliard de reals (360 millions d’euros) des sociétés impliquées. Les dirigeants d’autres entreprises de construction mécanique pourraient être inquiétés.

Les accusés, dont certains sont détenus depuis près d’un mois à la prison de Curitiba où l’affaire a été mise au jour, risquent des peines pouvant dépasser 20 ans de réclusion.

« Nous menons une guerre contre l’impunité et la corruption », a déclaré le procureur Deltan Dallagnol devant la presse. « La victime de ce complot est Petrobras », a-t-il ajouté.

Dilma Rousseff fut présidente du conseil d’administration de Petrobras de 2003 à 2010, période au cours de laquelle les enquêteurs pensent que plus de 10 milliards de reals (3 milliards d’euros) auraient été transférés de Petrobras vers le Parti des travailleurs.

La présidente brésilienne dément avoir eu connaissance de ces pratiques et réfute toute implication.

Dilma Petrobras

 

Mais … mais 68% des Brésiliens considèrent que la Présidente Dilma Rousseff a une part de responsabilité (43% beaucoup et 25% un peu) dans le scandale de corruption autour de Petrobras. Source : sondage Datafolha du 7 décembre auprès de 2896 personnes.

Dilma Petrobras 2

 

Scandale Petrobras : 5 accusés vont rendre 130 millions €

Suite aux dénonciations du doleiro Alberto Youssef dans l’affaire Petrobras (lire Petrobras, le scandale de trop pour Dilma Rousseff et Bombe-dans-le-scandale-petrobras-Dilma-et-Lula-savaient-tout/) et à l’opération menée vendredi par 300 agents de la Police Fédérale la semaine dernière (scandale-petrobras-mega-operation-de-la-police-federale-operacao-lava-jato/), 5 des 20 personnes appréhendées ont décidé de rendre 425 millions de Reais, soit environ 130 millions € et de coopérer avec la Police Fédérale en échange d’une réduction de leur peine (« acordos de delação premiada »). D’autres accords sont attendus par les agents de la Police Fédérale.

Ces cinq accusés ont signé un accord avec la justice afin de réduire leur peine en échange d’informations sur ce vaste système de corruption.

Plus de 20 suspects ont été arrêtés vendredi, dont des responsables de Petrobras et des entreprises de BTP Odebrecht,  Queiroz Galvão, IESA, Galvão Engenharia, Camargo Correa, OAS, UTC/Constran, Mendes Júnior et Engevix. Ce réseau de corruption aurait détourné plus de 3,85 milliards de dollars en plus de 10 ans.

Plusieurs entrepreneurs avaient été avertis la veille et sont encore en fuite. Un mandat d’arrêt international a été lancé auprès d’Interpol, dont l’un concerne le frère de l’ex-ministre des Villes Mario Negromonte.

Selon le Président du PSDB et ex rival de la présidente Dilma Rousseff lors des récentes élections présidentielles, le sénateur Aécio Neves ), cette nouvelle étape de l’operation Lava Jato va laisser « beaucoup de gens sans dormir » à Brasília (capitale du Brésil et siège du Gouvernement Fédéral).

Bresil Lava Jato Police federale 01 Bresil Lava Jato Police federale 02 Bresil Lava Jato Police federale 03

Mandados de prisão preventiva
Eduardo Hermelino Leite (vice-presidente da Camargo Correa)
José Ricardo Nogueira Breghirolli (funcionário da OAS, em São Paulo-SP)
Agenor Franklin Magalhães Medeiros (diretor-presidente da Área Internacional da OAS)
Sérgio Cunha Mendes (diretor-vice-presidente-executivo da Mendes Junior)
Gerson de Mello Almada (vice-presidente da Engevix)
Erton Medeiros Fonseca (diretor presidente de Engenharia Industrial da Galvão Engenharia)

Mandados de prisão temporária
João Ricardo Auler (presidente do Conselho de Administração da Camargo Correa)
Mateus Coutinho de Sá Oliveira (funcionário da OAS, em São Paulo-SP)
Alexandre Portela Barbosa (advogado da OAS)
Ednaldo Alves da Silva (funcionário da UTC, em São Paulo-SP)
Carlos Eduardo Strauch Albero (diretor técnico da Engevix)
Newton Prado Júnior (diretor técnico da Engevix)
Dalton dos Santos Avancini (presidente da Camargo Correa)
Otto Garrido Sparenberg (diretor de Operações da IESA)
Valdir Lima Carreiro (diretor-presidente da IESA)
Jayme Alves de Oliveira Filho
Adarico Negromonte Filho
José Aldemário Pinheiro Filho (presidente da OAS)
Ricardo Ribeiro Pessoa (responsável pela UTC Participações)
Walmir Pinheiro Santana (responsável pela UTC Participações)
Carlos Alberto da Costa Silva
Othon Zanoide de Moraes Filho (diretor-geral de Desenvolvimento Comercial da Vital Enenharia, empresa do Grupo Queiroz Galvão)
Ildefonso Colares Filho (diretor-presidente da Queiroz Galvão)
Renato de Souza Duque (ex-diretor da Petrobras)
Fernando Antonio Falcão Soares

Mandados de condução coercitiva
Edmundo Trujillo (diretor do Consórcio Nacional Camargo Correa)
Pedro Morollo Júnior (funcionário da OAS, em Jundiaí-SP)
Fernando Augusto Stremel Andrade (funcionário da OAS, no Rio de Janeiro-RJ)
Ângelo Alves Mendes (funcionário da Mendes Júnior, em Belo Horizonte-MG)
Rogério Cunha de Oliveira (funcionário da Mendes Júnior, em Recife-PE)
Flávio Sá Motta Pinheiro (diretor administrativo e financeiro da Mendes Júnior)
Cristiano Kok (presidente da Engevix)
Marice Correa de Lima (funcionária da OAS, em São Paulo-SP)
Luiz Roberto Pereira

operation Lava Jato

 

Sources : 

http://veja.abril.com.br/noticia/brasil/petrolao-cinco-delatores-ja-aceitaram-devolver-r-425-milhoes

http://g1.globo.com/politica/operacao-lava-jato/noticia/2014/11/na-7-fase-da-lava-jato-pf-cumpre-27-prisoes-em-5-estados-e-no-df.html

http://veja.abril.com.br/noticia/brasil/empreiteiras-na-mira-da-pf-tem-contratos-de-r-59-bi-com-a-petrobras-saiba-quais-sao

Scandale Petrobras : Mega Opération de la Police Fédérale (Operação Lava Jato)

Suite aux dénonciations du doleiro Alberto Youssef dans l’affaire Petrobras (lire Petrobras, le scandale de trop pour Dilma Rousseff et Bombe-dans-le-scandale-petrobras-Dilma-et-Lula-savaient-tout/), 300 agents de la Police Fédérale ont réalisé aujourd’hui (vendredi 14 novembre) 27 mandats d’appréhensions dans 6 Etats brésiliens dans le cadre de l’ « Operação Lava Jato » (Opération « Kärcher »). Les personnes appréhendées sont susceptibles d’être impliquées dans le scandale Petrobras et on trouve parmi elles de très grands entrepreneurs brésiliens dont l’ancien Directeur du géant pétrolier brésilien Petrobras, et de hauts responsables des sociétés Odebrecht,  Queiroz Galvão, IESA, Galvão Engenharia, Camargo Correa, OAS, UTC/Constran, Mendes Júnior et Engevix.

Plusieurs entrepreneurs avaient été avertis la veille et sont en fuite. Un mandat d’arrêt international a été lancé auprès d’Interpol.

Selon le Président du PSDB et ex rival de la présidente Dilma Rousseff lors des récentes élections présidentielles, le sénateur Aécio Neves ), cette nouvelle étape de l’operation Lava Jato va laisser « beaucoup de gens sans dormir » à Brasília (capitale du Brésil et siège du Gouvernement Fédéral).

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Mandados de prisão preventiva
Eduardo Hermelino Leite (vice-presidente da Camargo Correa)
José Ricardo Nogueira Breghirolli (funcionário da OAS, em São Paulo-SP)
Agenor Franklin Magalhães Medeiros (diretor-presidente da Área Internacional da OAS)
Sérgio Cunha Mendes (diretor-vice-presidente-executivo da Mendes Junior)
Gerson de Mello Almada (vice-presidente da Engevix)
Erton Medeiros Fonseca (diretor presidente de Engenharia Industrial da Galvão Engenharia)

Mandados de prisão temporária
João Ricardo Auler (presidente do Conselho de Administração da Camargo Correa)
Mateus Coutinho de Sá Oliveira (funcionário da OAS, em São Paulo-SP)
Alexandre Portela Barbosa (advogado da OAS)
Ednaldo Alves da Silva (funcionário da UTC, em São Paulo-SP)
Carlos Eduardo Strauch Albero (diretor técnico da Engevix)
Newton Prado Júnior (diretor técnico da Engevix)
Dalton dos Santos Avancini (presidente da Camargo Correa)
Otto Garrido Sparenberg (diretor de Operações da IESA)
Valdir Lima Carreiro (diretor-presidente da IESA)
Jayme Alves de Oliveira Filho
Adarico Negromonte Filho
José Aldemário Pinheiro Filho (presidente da OAS)
Ricardo Ribeiro Pessoa (responsável pela UTC Participações)
Walmir Pinheiro Santana (responsável pela UTC Participações)
Carlos Alberto da Costa Silva
Othon Zanoide de Moraes Filho (diretor-geral de Desenvolvimento Comercial da Vital Enenharia, empresa do Grupo Queiroz Galvão)
Ildefonso Colares Filho (diretor-presidente da Queiroz Galvão)
Renato de Souza Duque (ex-diretor da Petrobras)
Fernando Antonio Falcão Soares

Mandados de condução coercitiva
Edmundo Trujillo (diretor do Consórcio Nacional Camargo Correa)
Pedro Morollo Júnior (funcionário da OAS, em Jundiaí-SP)
Fernando Augusto Stremel Andrade (funcionário da OAS, no Rio de Janeiro-RJ)
Ângelo Alves Mendes (funcionário da Mendes Júnior, em Belo Horizonte-MG)
Rogério Cunha de Oliveira (funcionário da Mendes Júnior, em Recife-PE)
Flávio Sá Motta Pinheiro (diretor administrativo e financeiro da Mendes Júnior)
Cristiano Kok (presidente da Engevix)
Marice Correa de Lima (funcionária da OAS, em São Paulo-SP)
Luiz Roberto Pereira

operation Lava Jato

Sources : 

http://g1.globo.com/politica/operacao-lava-jato/noticia/2014/11/na-7-fase-da-lava-jato-pf-cumpre-27-prisoes-em-5-estados-e-no-df.html

http://veja.abril.com.br/noticia/brasil/empreiteiras-na-mira-da-pf-tem-contratos-de-r-59-bi-com-a-petrobras-saiba-quais-sao

Bombe dans le Scandale Petrobras: « Dilma et Lula savaient tout »

Selon l’hebdomadaire brésilien Veja , Dilma Rousseff et Lula étaient parfaitement au courant du vaste système de corruption au sein du géant pétrolier Petrobras.

« Dilma et Lula savaient tout » a affirmé mardi dernier Alberto Youssef à la Police Fédérale pendant sa déposition ; Youssef était le « doleiro » (banquier au noir) qui faisait office de banque clandestine pour la compagnie pétrolière Petrobras.

Conversation entre l’officier de la Police Fédérale et Youssef (la traduction entre parenthèse) :

— O Planalto sabia de tudo!

(La Présidence savait tout)

— Mas quem no Planalto?, perguntou o delegado.

(Mais qui à la Présidence? demande l’officier de la PF)

— Lula e Dilma, respondeu o doleiro.

(Lula et Dilma, répond le doleiro)

Veja Dilma Roussef Lula scandale Petrobras

Veja Dilma Roussef Lula scandale Petrobras 2

Source: http://veja.abril.com.br/noticia/brasil/dilma-e-lula-sabiam-de-tudo-diz-alberto-youssef-a-pf

Rappelons l’excellent article de l’Express du 23 septembre 2014 sur l’affaire Petrobras quit touche le PT et ses alliés

Brésil: le scandale de l’argent noir

Le géant pétrolier national aurait « arrosé » nombre d’élus de la coalition au pouvoir.
La vaste affaire de corruption liée au groupe Petrobras secoue les milieux politiques et exaspère l’opinion.
A l’approche du scrutin présidentiel, elle compromet les chances de réélection de Dilma Rousseff. 

Brésil: le scandale de l'argent noirDilma Rousseff (ici, à São Paulo, le 9 septembre) a fait de la lutte contre la corruption l’une de ses priorités. Le scandale qui entache le groupe pétrolier écorne sa crédibilité. REUTERS/Nacho Doce

Dilma Rousseff se souviendra longtemps de ce 6 septembre 2014. Ce jour-là, un séisme politique a ébranlé la présidente brésilienne avec une telle violence qu’il pourrait compromettre ses chances d’être réélue à la tête du pays lors du prochain scrutin, le 5 octobre. La cause : la diffusion, par l’hebdomadaire conservateur Veja, d’une liste de députés issus de la coalition de centre-gauche au pouvoir qui auraient reçu d’importants pots-de-vin.

Sont également cités des sénateurs, trois gouverneurs, un ministre, les présidents des deux chambres du Parlement, ou encore le trésorier du Parti des travailleurs (PT) – celui de Dilma Rousseff… Au coeur de ce scandale, un homme : Paulo Roberto Costa, un ancien dirigeant du groupe Petrobras, qui aurait mis en place un vaste système de corruption au sein du géant pétrolier. C’est lui qui a décidé de parler.

Pour Dilma Rousseff, c’est la catastrophe. Après son élection à la tête de l’Etat, en 2010, n’avait-elle pas fait de la lutte contre la corruption l’une de ses priorités ? Ces révélations sont d’autant plus gênantes qu’elles compromettent non seulement son parti, mais aussi la compagnie Petrobras, dont elle présidait, à l’époque des faits, le conseil d’administration. Petrobras, la plus grande entreprise brésilienne, la fierté de tout un peuple, éclaboussée par une histoire dont personne, aujourd’hui encore, ne mesure l’ampleur. Que savait Dilma Rousseff?

Au Brésil, la question est sur toutes les lèvres. Pour l’instant, son nom n’a pas été cité de façon explicite. Jusqu’à quand? Depuis quelques mois, Dilma Rousseff est en effet critiquée pour le rôle qu’elle a joué dans une autre « affaire Petrobras », le rachat d’une raffinerie texane à un prix astronomique. Cette acquisition fait l’objet d’une enquête parlementaire. Et il se pourrait bien que ces deux histoires soient liées… L’étau se resserre. Et la présidente risque d’être balayée par ce qui constitue, au Brésil, le plus gros scandale politique de ces dernières années.

Les Brésiliens demandent des comptes

C’est en Belgique que tout commence. Très exactement en 2006, lorsqu’un groupe pétrolier belge, Transcor Astra, cède à Petrobras la moitié des parts d’une raffinerie qu’il détient à Pasadena (Texas, Etats-Unis). Belges et Brésiliens ont prévu de l’exploiter ensemble, mais, très vite, des divergences apparaissent, notamment sur la façon de moderniser l’installation. En 2008, l’actionnaire de Transcor Astra, une société d’investissement détenue par le milliardaire belge Albert Frère, demande le divorce.

Le contrat le lui permet, il lui suffit d’exercer une clause, appelée « option de vente » : Petrobras est, dans ce cas, tenu de racheter les parts belges. Mais les Brésiliens rechignent. Ils portent l’affaire devant un tribunal américain… et perdent. En fin de compte, l’acquisition de la raffinerie leur aura coûté la bagatelle de 1,1 milliard de dollars, alors que les Belges l’avaient achetée… 42,5 millions. « Gâchis de l’argent public ! » dénonce, au Brésil, l’opposition. Car l’Etat est le premier actionnaire de Petrobras. Les Brésiliens demandent des comptes.

Qui a signé ce contrat léonin ? Un nom sort du chapeau : Dilma Rousseff. A l’époque, celle-ci dirigeait le cabinet du président Lula, mais elle présidait aussi le conseil d’administration de Petrobras. Pour Rodrigo Maia, député de l’opposition et membre de la commission parlementaire constituée pour enquêter sur cette acquisition, « les statuts de Petrobras sont clairs : seul le conseil d’administration, et en premier lieu sa présidente, est habilité à prendre une telle décision.

Mais Dilma Rousseff, pour se dédouaner, a accusé le directeur international de l’époque, Nestor Cervero, de lui avoir transmis un résumé incorrect du projet, parce qu’il ne faisait pas allusion à cette fameuse option de vente. Comme si l’on pouvait prendre une décision aussi importante à partir d’une simple fiche ! » « Cette note n’avait pas vocation à entrer dans le détail, poursuit Edson Ribeiro, l’avocat de Nestor Cervero. Rien n’empêchait les administrateurs de demander des éclaircissements au service juridique. Ils ne l’ont pas fait, ce qui n’est guère étonnant : cela fait des années que les décisions se prennent de cette manière chez Petrobras. »

Un cadre dirigeant, qui connaît bien le fonctionnement du conseil mais veut rester anonyme, confie à L’Express : « Ses membres ne se réunissent qu’une fois par mois. Durant trois heures, ils parlent, en vrac, de prospection en Afrique, d’exploitation off shore ou encore de raffinage. C’est bien peu pour un groupe qui est en train d’investir 220 milliards de dollars dans des projets pétroliers ! En réalité, les votes sont purement formels. »

De quoi donner du grain à moudre aux détracteurs de Dilma Rousseff. On l’accuse d’incompétence. Rien d’étonnant, disent certains opposants, à ce que son bilan économique à l’échelle du pays soit désastreux, quand on voit la façon dont elle pilotait Petrobras. D’autres vont plus loin, ils cherchent d’éventuelles collusions.

L’ascension éclair de Paulo Roberto Costa

Et remarquent qu’Albert Frère détient également 1,4% du groupe français GDFSuez, dont l’une des filiales, Tractebel Energia, a financé la campagne de Dilma Rousseff en 2010.

Coïncidence ? « Nous avons effectivement versé plus de 500 000 euros au comité de campagne de Dilma Rousseff et au PT, précise-t-on au siège parisien de GDF Suez.La procédure est légale, et nous avons également donné 160 000 euros à son rival de l’époque. Cela n’a aucun lien avec les autres activités de notre actionnaire. » Chez le discret milliardaire, justement, on se refuse à tout commentaire. « Nous sommes droits dans nos bottes, précise toutefois l’un de ses proches. Lorsque nous avons acheté la raffinerie de Pasadena, les prix étaient très bas. Puis le marché a flambé. Nous avons été servis par la chance. Il n’y pas eu la moindre irrégularité, sinon le tribunal américain n’aurait jamais rendu d’arbitrage en notre faveur. »

Cette histoire aurait donc dû en rester là, d’autant qu’il y a bien d’autres sujets de mécontentement, en ces temps électoraux : une croissance ralentie (1,5% prévu en 2014 au lieu des 7,5% de 2010, selon la Banque mondiale), la baisse de pouvoir d’achat, les carences du système de santé, l’éducation… Oui, jusqu’à ce fameux 6 septembre, et l’irruption dans la campagne de Paulo Roberto Costa.

C’est en enquêtant sur une sombre affaire de blanchiment d’argent, qui n’a a priori aucun rapport avec Petrobras, que les policiers fédéraux repèrent cet homme discret. Mèche poivre et sel, la cinquantaine distinguée, cet ingénieur de formation a mené l’essentiel de sa carrière chez Petrobras. Il ne s’y est pas taillé une bonne réputation, comme le relate Ronaldo Tedesco, un des directeurs de l’association des ingénieurs de Petrobras : « J’ai travaillé plusieurs années sous ses ordres sur la plateforme offshore de Bacia de Campos, au nord de Rio de Janeiro. Je me souviens d’un homme très autoritaire, et sans pitié avec les ouvriers. Un jour, nous nous étions mis en grève durant une heure, car nous réclamions de meilleures conditions de sécurité et des augmentations de salaires. Costa nous a virés sur-le-champ. Nous les surnommions, lui et sa clique d’amis, « la République du Parana », en référence à l’Etat du Sud du Brésil dont ils étaient originaires. Ils géraient tout entre eux, et ils ont progressé ensemble dans la hiérarchie… »

Costa plus vite que les autres. Soutenu par le Parti progressiste, allié du Parti des travailleurs, il est promu directeur du raffinage et de l’approvisionnement en 2004, poste qu’il occupe jusqu’à son départ, en 2012.

Dans l’arrière-salle d’un bar du centre de Rio de Janeiro, où il avait ses habitudes lorsqu’il travaillait chez Petrobras, Ildo Sauer, ancien directeur gaz et énergie du groupe, revient sur l’ascension éclair de Paulo Roberto Costa. « Il a été sous ma responsabilité pendant plusieurs mois, puis il a subitement été nommé directeur, c’est étonnant, non? » ironise-t-il. Puis, après un silence : « J’ai participé avec Lula à la création du Parti des travailleurs, dans les années 1980. Lorsque j’ai été débarqué de Petrobras, en 2007, je suis allé voir mes amis du PT et je leur ai demandé pourquoi ils m’avaient lâché. Ils m’ont répondu que ?[je] n’aidai[s] pas assez?. J’en conclus que Costa, lui, a fait ce qu’il fallait… »

Un coût de construction multiplié par sept en neuf ans

Jusqu’à son départ, Costa s’est notamment occupé de la construction d’une raffinerie dans le Nord-Est du Brésil, Abreu e Lima. Ouvert en grande pompe par le président de l’époque, Lula da Silva, en 2005, le chantier de ce site, qui sera mis en service au début de 2015, est aujourd’hui dans la ligne de mire de la justice. La police fédérale, tout comme le Tribunal des comptes, se demandent comment le coût de construction a pu être multiplié par plus de sept depuis la pose de la première pierre, passant de 2,5à… 18,5 milliards de dollars. Et peut-être même à 20 à la fin de l’année !

Les contrôleurs fiscaux s’interrogent notamment sur quatre gros contrats, qui ont, finalement, coûté 300millions de dollars de plus. Mauvaise planification ? Pas seulement. Certaines dépenses sont aberrantes. Pour construire la raffinerie, il a fallu par exemple commander deux fois plus de structures métalliques que prévu! « Abreu e Lima est, de loin, la raffinerie la plus chère de l’Histoire! s’étonne un ancien président de Petrobras, qui a dirigé le groupe dans les années 1990. Cela suscite tout de même quelques interrogations… » Comme celle de savoir s’il y a eu des surfacturations dans les contrats de sous-traitants. C’est la conviction des enquêteurs, qui ont pu geler, grâce à leurs collègues helvétiques, une douzaine de comptes détenus en Suisse par Paulo Roberto Costa et ses deux filles. En tout, 23 millions de dollars.

Commencent donc à se dessiner, au fil des découvertes, les contours d’un gigantesque système de corruption, dont Paulo Roberto Costa aurait été la cheville ouvrière. Et le grand déballage ne fait que commencer. Dans l’espoir d’une remise de peine, celui-ci se serait en effet « mis à table ». Il aurait décrit aux enquêteurs les rouages de la mécanique : les fournisseurs et sous-traitants qui souhaitaient travailler pour le groupe pétrolier devaient reverser 3% du montant des contrats à une « caisse parallèle ». L’argent était ensuite distribué aux alliés politiques. L’objectif : assurer, par ces cadeaux, la cohésion de la coalition gouvernementale.

Lula da Silva mis en cause

« Ce scandale n’est guère surprenant quand on connaît la façon dont fonctionne le système politique brésilien, décrypte François-Michel Le Tourneau, directeur de recherche au CNRS. Le PT ne possède qu’un tiers des sièges au Parlement. S’il veut gouverner, il doit s’associer avec d’autres partis, et leur offrir en échange des postes dans des administrations et des entreprises publiques. Il est alors facile de détourner l’argent public, en faussant par exemple des appels d’offres. Durant son premier mandat, Lula da Silva avait, de cette manière, acheté l’adhésion des autres partis. Pour mettre fin à ces pratiques, Dilma Rousseff avait bien lancé l’idée d’une réforme constitutionnelle, mais le Congrès s’y est évidemment opposé… »

Dommage pour elle que la présidente n’y soit pas parvenue. Car ce scandale la fragilise tous les jours un peu plus. Pourra-t-elle encore longtemps affirmer qu’elle n’était au courant de rien? Comment la présidente du conseil d’administration de Petrobras aurait-elle pu ignorer ce détournement ? Sa position risque de devenir intenable, d’autant que Paulo Roberto Costa aurait, ces derniers jours, mis Lula da Silva en cause. Selon lui, l’ex-chef de l’Etat (2002-2010) serait au courant. Pour couronner le tout, Costa aurait également avoué aux policiers que l’acquisition de la fameuse raffinerie de Pasadena aurait été, elle aussi, frauduleuse. La boucle est bouclée.

Pour Dilma Rousseff, la déflagration est d’autant plus violente qu’elle avait intimement lié son image à celle du groupe pétrolier. Des photos d’elle en tenue de chantier et casque aux couleurs de Petrobras ont fait le tour du pays. « Comme Lula, Dilma avait fondé son discours économique sur la réussite de Petrobras, analyse Marco Antonio Carvalho Teixeira, professeur de sciences politiques à la fondation Getulio Vargas de São Paulo. Ce scandale, qui écorne l’image du groupe pétrolier, lui fait aussi perdre sa crédibilité. » De fait, l’action de Petrobras dévisse au même rythme que la popularité de la présidente dans les sondages. Celle-ci est même donnée battue au second tour…

Le scandale de trop

Car les Brésiliens sont las. Le « Petrogate » n’est pas un scandale de plus, mais le scandale de trop. L’un de ses principaux adversaires, le candidat social-démocrate Aécio Neves, l’a bien compris. « L’actuelle présidente a contrôlé cette entreprise d’une main de fer durant douze ans, il est inadmissible qu’elle allègue ne rien savoir », répète-t-il à qui veut l’entendre. Ou encore: « Le gouvernement a soutenu le plus grand vol jamais opéré dans les coffres de la plus grande entreprise brésilienne. »

Malgré ses efforts, Neves ne décolle pas dans les sondages. Il aurait même perdu 2 points. Ses ennemis ne manquent pas, il est vrai, de rappeler les affaires de corruption qui avaient entaché le mandat de Fernando Henrique Cardoso, prédécesseur de Lula da Silva et, surtout, cofondateur du parti d’Aécio Neves. Et l’autre grande candi date, Marina Silva, qu’en dit-elle? Propulsée sur le devant de la scène après la mort accidentelle de son allié, Eduardo Campos, le 13 août dernier, et réputée incorruptible, la nouvelle chouchoute des Brésiliens aurait tout intérêt à profiter de l’opportunité pour se détacher. Ce n’est pas le cas.

« Elle critique l’utilisation politique qui a été faite de Petrobras, mais reste toutefois très prudente », commente Ricardo Ismael, enseignant de sciences politiques à l’université PUC-Rio. La raison ? Le nom d’Eduardo Campos figure dans la liste des personnalités politiques corrompues diffusée par le magazine Veja.Au Brésil, la politique n’est jamais simple.

Source : http://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique-sud/bresil-le-scandale-de-l-argent-noir_1576845.html

Petrobras, le scandale de trop pour Dilma Rousseff ?

Un très bon article à lire de L’Express sur le scandale Petrobras qui touche le PT et ses alliés.

Mais auparavant une petite bombe qui n’a pas encore été publiée dans les journaux européens : Selon l’hebdomadaire Veja, cela fait près de 7 mois que la Police Fédérale tente sans succès d’entendre Lula, l’ex Président, dans le cadre du scandale sur le « Mensalao » et plus particulièrement sur une somme de 7 millions de Reais (2,3 millions €) qui aurait transité par Lula ! (Source : http://veja.abril.com.br/noticia/brasil/mensalao-ha-7-meses-pf-tenta-sem-sucesso-ouvir-lula). Rappelons que le scandale du Mensalao a envoyé en prison les principaux dirigeants du PT (Parti des Travailleurs fondé entre autre par l’ancien Président Lula) : parmi eux, José Dirceu, ami de Lula et ex chef de la Casa Civil (équivalent du 1er Ministre) sous la Présidence de Lula, ou José Genoino, ex leader du Parti des Travailleurs et amis de Lula, ou encore l’ancien trésorier du PT, Delubio Soares (voir https://blogbresil2014.wordpress.com/2014/04/30/bresil-une-corruption-generalisee-j-42/)

L’article de l’Express sur l’affaire Petrobras :

Brésil: le scandale de l’argent noir

Le géant pétrolier national aurait « arrosé » nombre d’élus de la coalition au pouvoir.
La vaste affaire de corruption liée au groupe Petrobras secoue les milieux politiques et exaspère l’opinion.
A l’approche du scrutin présidentiel, elle compromet les chances de réélection de Dilma Rousseff. 
Brésil: le scandale de l'argent noir

Dilma Rousseff (ici, à São Paulo, le 9 septembre) a fait de la lutte contre la corruption l’une de ses priorités. Le scandale qui entache le groupe pétrolier écorne sa crédibilité. REUTERS/Nacho Doce

Dilma Rousseff se souviendra longtemps de ce 6 septembre 2014. Ce jour-là, un séisme politique a ébranlé la présidente brésilienne avec une telle violence qu’il pourrait compromettre ses chances d’être réélue à la tête du pays lors du prochain scrutin, le 5 octobre. La cause : la diffusion, par l’hebdomadaire conservateur Veja, d’une liste de députés issus de la coalition de centre-gauche au pouvoir qui auraient reçu d’importants pots-de-vin.

Sont également cités des sénateurs, trois gouverneurs, un ministre, les présidents des deux chambres du Parlement, ou encore le trésorier du Parti des travailleurs (PT) – celui de Dilma Rousseff… Au coeur de ce scandale, un homme : Paulo Roberto Costa, un ancien dirigeant du groupe Petrobras, qui aurait mis en place un vaste système de corruption au sein du géant pétrolier. C’est lui qui a décidé de parler.

Pour Dilma Rousseff, c’est la catastrophe. Après son élection à la tête de l’Etat, en 2010, n’avait-elle pas fait de la lutte contre la corruption l’une de ses priorités ? Ces révélations sont d’autant plus gênantes qu’elles compromettent non seulement son parti, mais aussi la compagnie Petrobras, dont elle présidait, à l’époque des faits, le conseil d’administration. Petrobras, la plus grande entreprise brésilienne, la fierté de tout un peuple, éclaboussée par une histoire dont personne, aujourd’hui encore, ne mesure l’ampleur. Que savait Dilma Rousseff?

Au Brésil, la question est sur toutes les lèvres. Pour l’instant, son nom n’a pas été cité de façon explicite. Jusqu’à quand? Depuis quelques mois, Dilma Rousseff est en effet critiquée pour le rôle qu’elle a joué dans une autre « affaire Petrobras », le rachat d’une raffinerie texane à un prix astronomique. Cette acquisition fait l’objet d’une enquête parlementaire. Et il se pourrait bien que ces deux histoires soient liées… L’étau se resserre. Et la présidente risque d’être balayée par ce qui constitue, au Brésil, le plus gros scandale politique de ces dernières années.

Les Brésiliens demandent des comptes

C’est en Belgique que tout commence. Très exactement en 2006, lorsqu’un groupe pétrolier belge, Transcor Astra, cède à Petrobras la moitié des parts d’une raffinerie qu’il détient à Pasadena (Texas, Etats-Unis). Belges et Brésiliens ont prévu de l’exploiter ensemble, mais, très vite, des divergences apparaissent, notamment sur la façon de moderniser l’installation. En 2008, l’actionnaire de Transcor Astra, une société d’investissement détenue par le milliardaire belge Albert Frère, demande le divorce.

Le contrat le lui permet, il lui suffit d’exercer une clause, appelée « option de vente » : Petrobras est, dans ce cas, tenu de racheter les parts belges. Mais les Brésiliens rechignent. Ils portent l’affaire devant un tribunal américain… et perdent. En fin de compte, l’acquisition de la raffinerie leur aura coûté la bagatelle de 1,1 milliard de dollars, alors que les Belges l’avaient achetée… 42,5 millions. « Gâchis de l’argent public ! » dénonce, au Brésil, l’opposition. Car l’Etat est le premier actionnaire de Petrobras. Les Brésiliens demandent des comptes.

Qui a signé ce contrat léonin ? Un nom sort du chapeau : Dilma Rousseff. A l’époque, celle-ci dirigeait le cabinet du président Lula, mais elle présidait aussi le conseil d’administration de Petrobras. Pour Rodrigo Maia, député de l’opposition et membre de la commission parlementaire constituée pour enquêter sur cette acquisition, « les statuts de Petrobras sont clairs : seul le conseil d’administration, et en premier lieu sa présidente, est habilité à prendre une telle décision.

Mais Dilma Rousseff, pour se dédouaner, a accusé le directeur international de l’époque, Nestor Cervero, de lui avoir transmis un résumé incorrect du projet, parce qu’il ne faisait pas allusion à cette fameuse option de vente. Comme si l’on pouvait prendre une décision aussi importante à partir d’une simple fiche ! » « Cette note n’avait pas vocation à entrer dans le détail, poursuit Edson Ribeiro, l’avocat de Nestor Cervero. Rien n’empêchait les administrateurs de demander des éclaircissements au service juridique. Ils ne l’ont pas fait, ce qui n’est guère étonnant : cela fait des années que les décisions se prennent de cette manière chez Petrobras. »

Un cadre dirigeant, qui connaît bien le fonctionnement du conseil mais veut rester anonyme, confie à L’Express : « Ses membres ne se réunissent qu’une fois par mois. Durant trois heures, ils parlent, en vrac, de prospection en Afrique, d’exploitation off shore ou encore de raffinage. C’est bien peu pour un groupe qui est en train d’investir 220 milliards de dollars dans des projets pétroliers ! En réalité, les votes sont purement formels. »

De quoi donner du grain à moudre aux détracteurs de Dilma Rousseff. On l’accuse d’incompétence. Rien d’étonnant, disent certains opposants, à ce que son bilan économique à l’échelle du pays soit désastreux, quand on voit la façon dont elle pilotait Petrobras. D’autres vont plus loin, ils cherchent d’éventuelles collusions.

L’ascension éclair de Paulo Roberto Costa

Et remarquent qu’Albert Frère détient également 1,4% du groupe français GDFSuez, dont l’une des filiales, Tractebel Energia, a financé la campagne de Dilma Rousseff en 2010.

Coïncidence ? « Nous avons effectivement versé plus de 500 000 euros au comité de campagne de Dilma Rousseff et au PT, précise-t-on au siège parisien de GDF Suez.La procédure est légale, et nous avons également donné 160 000 euros à son rival de l’époque. Cela n’a aucun lien avec les autres activités de notre actionnaire. » Chez le discret milliardaire, justement, on se refuse à tout commentaire. « Nous sommes droits dans nos bottes, précise toutefois l’un de ses proches. Lorsque nous avons acheté la raffinerie de Pasadena, les prix étaient très bas. Puis le marché a flambé. Nous avons été servis par la chance. Il n’y pas eu la moindre irrégularité, sinon le tribunal américain n’aurait jamais rendu d’arbitrage en notre faveur. »

Cette histoire aurait donc dû en rester là, d’autant qu’il y a bien d’autres sujets de mécontentement, en ces temps électoraux : une croissance ralentie (1,5% prévu en 2014 au lieu des 7,5% de 2010, selon la Banque mondiale), la baisse de pouvoir d’achat, les carences du système de santé, l’éducation… Oui, jusqu’à ce fameux 6 septembre, et l’irruption dans la campagne de Paulo Roberto Costa.

C’est en enquêtant sur une sombre affaire de blanchiment d’argent, qui n’a a priori aucun rapport avec Petrobras, que les policiers fédéraux repèrent cet homme discret. Mèche poivre et sel, la cinquantaine distinguée, cet ingénieur de formation a mené l’essentiel de sa carrière chez Petrobras. Il ne s’y est pas taillé une bonne réputation, comme le relate Ronaldo Tedesco, un des directeurs de l’association des ingénieurs de Petrobras : « J’ai travaillé plusieurs années sous ses ordres sur la plateforme offshore de Bacia de Campos, au nord de Rio de Janeiro. Je me souviens d’un homme très autoritaire, et sans pitié avec les ouvriers. Un jour, nous nous étions mis en grève durant une heure, car nous réclamions de meilleures conditions de sécurité et des augmentations de salaires. Costa nous a virés sur-le-champ. Nous les surnommions, lui et sa clique d’amis, « la République du Parana », en référence à l’Etat du Sud du Brésil dont ils étaient originaires. Ils géraient tout entre eux, et ils ont progressé ensemble dans la hiérarchie… »

Costa plus vite que les autres. Soutenu par le Parti progressiste, allié du Parti des travailleurs, il est promu directeur du raffinage et de l’approvisionnement en 2004, poste qu’il occupe jusqu’à son départ, en 2012.

Dans l’arrière-salle d’un bar du centre de Rio de Janeiro, où il avait ses habitudes lorsqu’il travaillait chez Petrobras, Ildo Sauer, ancien directeur gaz et énergie du groupe, revient sur l’ascension éclair de Paulo Roberto Costa. « Il a été sous ma responsabilité pendant plusieurs mois, puis il a subitement été nommé directeur, c’est étonnant, non? » ironise-t-il. Puis, après un silence : « J’ai participé avec Lula à la création du Parti des travailleurs, dans les années 1980. Lorsque j’ai été débarqué de Petrobras, en 2007, je suis allé voir mes amis du PT et je leur ai demandé pourquoi ils m’avaient lâché. Ils m’ont répondu que ?[je] n’aidai[s] pas assez?. J’en conclus que Costa, lui, a fait ce qu’il fallait… »

Un coût de construction multiplié par sept en neuf ans

Jusqu’à son départ, Costa s’est notamment occupé de la construction d’une raffinerie dans le Nord-Est du Brésil, Abreu e Lima. Ouvert en grande pompe par le président de l’époque, Lula da Silva, en 2005, le chantier de ce site, qui sera mis en service au début de 2015, est aujourd’hui dans la ligne de mire de la justice. La police fédérale, tout comme le Tribunal des comptes, se demandent comment le coût de construction a pu être multiplié par plus de sept depuis la pose de la première pierre, passant de 2,5à… 18,5 milliards de dollars. Et peut-être même à 20 à la fin de l’année !

Les contrôleurs fiscaux s’interrogent notamment sur quatre gros contrats, qui ont, finalement, coûté 300millions de dollars de plus. Mauvaise planification ? Pas seulement. Certaines dépenses sont aberrantes. Pour construire la raffinerie, il a fallu par exemple commander deux fois plus de structures métalliques que prévu! « Abreu e Lima est, de loin, la raffinerie la plus chère de l’Histoire! s’étonne un ancien président de Petrobras, qui a dirigé le groupe dans les années 1990. Cela suscite tout de même quelques interrogations… » Comme celle de savoir s’il y a eu des surfacturations dans les contrats de sous-traitants. C’est la conviction des enquêteurs, qui ont pu geler, grâce à leurs collègues helvétiques, une douzaine de comptes détenus en Suisse par Paulo Roberto Costa et ses deux filles. En tout, 23 millions de dollars.

Commencent donc à se dessiner, au fil des découvertes, les contours d’un gigantesque système de corruption, dont Paulo Roberto Costa aurait été la cheville ouvrière. Et le grand déballage ne fait que commencer. Dans l’espoir d’une remise de peine, celui-ci se serait en effet « mis à table ». Il aurait décrit aux enquêteurs les rouages de la mécanique : les fournisseurs et sous-traitants qui souhaitaient travailler pour le groupe pétrolier devaient reverser 3% du montant des contrats à une « caisse parallèle ». L’argent était ensuite distribué aux alliés politiques. L’objectif : assurer, par ces cadeaux, la cohésion de la coalition gouvernementale.

Lula da Silva mis en cause

« Ce scandale n’est guère surprenant quand on connaît la façon dont fonctionne le système politique brésilien, décrypte François-Michel Le Tourneau, directeur de recherche au CNRS. Le PT ne possède qu’un tiers des sièges au Parlement. S’il veut gouverner, il doit s’associer avec d’autres partis, et leur offrir en échange des postes dans des administrations et des entreprises publiques. Il est alors facile de détourner l’argent public, en faussant par exemple des appels d’offres. Durant son premier mandat, Lula da Silva avait, de cette manière, acheté l’adhésion des autres partis. Pour mettre fin à ces pratiques, Dilma Rousseff avait bien lancé l’idée d’une réforme constitutionnelle, mais le Congrès s’y est évidemment opposé… »

Dommage pour elle que la présidente n’y soit pas parvenue. Car ce scandale la fragilise tous les jours un peu plus. Pourra-t-elle encore longtemps affirmer qu’elle n’était au courant de rien? Comment la présidente du conseil d’administration de Petrobras aurait-elle pu ignorer ce détournement ? Sa position risque de devenir intenable, d’autant que Paulo Roberto Costa aurait, ces derniers jours, mis Lula da Silva en cause. Selon lui, l’ex-chef de l’Etat (2002-2010) serait au courant. Pour couronner le tout, Costa aurait également avoué aux policiers que l’acquisition de la fameuse raffinerie de Pasadena aurait été, elle aussi, frauduleuse. La boucle est bouclée.

Pour Dilma Rousseff, la déflagration est d’autant plus violente qu’elle avait intimement lié son image à celle du groupe pétrolier. Des photos d’elle en tenue de chantier et casque aux couleurs de Petrobras ont fait le tour du pays. « Comme Lula, Dilma avait fondé son discours économique sur la réussite de Petrobras, analyse Marco Antonio Carvalho Teixeira, professeur de sciences politiques à la fondation Getulio Vargas de São Paulo. Ce scandale, qui écorne l’image du groupe pétrolier, lui fait aussi perdre sa crédibilité. » De fait, l’action de Petrobras dévisse au même rythme que la popularité de la présidente dans les sondages. Celle-ci est même donnée battue au second tour…

Le scandale de trop

Car les Brésiliens sont las. Le « Petrogate » n’est pas un scandale de plus, mais le scandale de trop. L’un de ses principaux adversaires, le candidat social-démocrate Aécio Neves, l’a bien compris. « L’actuelle présidente a contrôlé cette entreprise d’une main de fer durant douze ans, il est inadmissible qu’elle allègue ne rien savoir », répète-t-il à qui veut l’entendre. Ou encore: « Le gouvernement a soutenu le plus grand vol jamais opéré dans les coffres de la plus grande entreprise brésilienne. »

Malgré ses efforts, Neves ne décolle pas dans les sondages. Il aurait même perdu 2 points. Ses ennemis ne manquent pas, il est vrai, de rappeler les affaires de corruption qui avaient entaché le mandat de Fernando Henrique Cardoso, prédécesseur de Lula da Silva et, surtout, cofondateur du parti d’Aécio Neves. Et l’autre grande candi date, Marina Silva, qu’en dit-elle? Propulsée sur le devant de la scène après la mort accidentelle de son allié, Eduardo Campos, le 13 août dernier, et réputée incorruptible, la nouvelle chouchoute des Brésiliens aurait tout intérêt à profiter de l’opportunité pour se détacher. Ce n’est pas le cas.

« Elle critique l’utilisation politique qui a été faite de Petrobras, mais reste toutefois très prudente », commente Ricardo Ismael, enseignant de sciences politiques à l’université PUC-Rio. La raison ? Le nom d’Eduardo Campos figure dans la liste des personnalités politiques corrompues diffusée par le magazine Veja.Au Brésil, la politique n’est jamais simple.

Source : http://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique-sud/bresil-le-scandale-de-l-argent-noir_1576845.html