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Brésil : les défis économiques du prochain gouvernement

Après la défaite brésilienne, retour à la difficile réalité économique pour le pays. Et les enjeux sont de taille, à quelques mois des élections présidentielles… Par Christopher Dembik, Analyste chez Saxo Banque.

C’est un réveil douloureux pour le Brésil, et pas seulement pour les supporters de la Seleção. Dilma Rousseff espérait bien capitaliser sur une victoire de l’équipe nationale en finale de la Coupe du monde. Ce ne sera pas le cas. La difficile réalité économique et sociale va s’imposer de nouveau dans l’agenda politique et médiatique à la faveur du début de la campagne présidentielle d’octobre. Et les défis économiques sont nombreux pour le futur président.

La spécificité de l’économie brésilienne c’est qu’elle a à la fois les maux communs aux pays émergents mais aussi, de plus en plus, les problèmes d’un pays riche. Le principal succès de l’ère Lula fut de réduire substantiellement l’extrême pauvreté et les écarts de richesse mais un modèle de croissance pérenne est encore à trouver pour le pays. L’épineux problème de l’inflation témoigne du chemin qu’il reste encore à parcourir au pays pour avoir une maîtrise complète de son économie. Le pilotage fin de la banque centrale ne peut en aucun cas dissimuler l’échec du Brésil à contenir la hausse des prix et, ainsi, à maintenir la paix sociale.

 

Sous-investissement chronique

Pour renforcer sa position dans l’économie mondialisée, le Brésil devra s’attaquer à ses nombreux problèmes internes. C’est un territoire qui n’a jamais été complètement conquis depuis les premières zones de peuplement liées à l’arrivée des européens. Le sous-investissement chronique dans les infrastructures, en particulier de transport, a favorisé l’accroissement des disparités de richesse régionales et fait peser un coût économique significatif sur les activités se situant dans les territoires les plus enclavés de l’ouest et du nord du pays. C’est le fameux « costo brasil ». Comparé aux autres pays en voie de développement, c’est seulement environ 1.5% du PIB qui est investi dans les infrastructures, contre 5.1% pour ses concurrents directs et une moyenne mondiale autour de 3.8%. L’absence de plan concerté de développement des infrastructures et surtout la non-participation du secteur privé dans ces projets d’investissement coûteux expliquent que le Brésil ne soit pas un territoire unifié économiquement. Les opportunités en la matière offertes par la Coupe du monde n’ont, d’ailleurs, pas été saisies.

Du fait de la corruption généralisée et des méandres de la réglementation, beaucoup d’investisseurs étrangers n’osent pas s’aventurer sur des projets dont la rentabilité ne sera perceptible que sur le long terme.

 

Un pays qui innove peu

Le climat des affaires au Brésil est pénalisé, sur certains créneaux, par la manière de faire brésilienne, le jeitinho brasileiro, qui est très souvent difficile à appréhender pour les Occidentaux et les investisseurs chinois. Tant que la fragmentation du système économique brésilien perdurera, le pays ne sera pas en mesure, réellement, de s’extraire de son statut de pays émergent à fort potentiel.

Quiconque est déjà allé au Brésil a conscience que c’est un pays très créatif, où la population a constamment de nouvelles idées, mais qui, au final, innove peu. C’est pourtant la clé de voûte d’un développement économique harmonieux. L’Etat, qui est le principal contributeur en termes de recherche et développement, à hauteur de 1% du PIB, n’a pas su enclencher un cercle vertueux consistant à ce que le secteur privé prenne le relais à ce niveau. Les entreprises contribuent à peine à 15% des 1% investis dans le domaine. Trop peu. D’où l’absence d’innovations de rupture.

 

Un système qui va disparaître

De faire face, dans les décennies à venir, à un boom démographique qu’il faudra gérer. Et pourtant, c’est tout le contraire qui va se passer. Le Brésil a un problème de pays riche : sa population vieillit. 2014 devrait être la première année de décroissance démographique. Ce qui implique des changements fondamentaux pour l’économie et, notamment une refonte du très généreux système des retraites qui ne sera plus viable.

A cause d’une durée de cotisations faible par rapport à la moyenne mondiale et d’un montant alloué très élevé (les brésiliens conservent 86% de leurs revenus après la retraite contre 42% pour un américain), le Brésil consacre une part de son PIB aussi importante que le sud de l’Europe au paiement des retraites alors que sa proportion de personnes âgées est trois fois moins importante qu’en Espagne ou en Italie. Un
système qui va inévitablement disparaitre. L’indéniable solidarité familiale ne sera pas suffisante, en tout cas, pour répondre à l’enjeu du vieillissement.

 

Penser le Brésil de la prochaine décennie

Pour surmonter ces défis, les solutions existent et certaines commencent, d’ailleurs, déjà à être mises en oeuvre, soit sous l’impulsion de l’Etat soit plus souvent grâce des initiatives individuelles. C’est par exemple le cas avec le développement, en partenariat avec de grandes universités américaines, de centres d’excellence universitaires et de R&D. D’autres recommandations seront plus difficiles à mettre en oeuvre, en est-il ainsi de la nécessaire réforme du système des retraites. Ce seront, en tout cas, quelques-uns des principaux chantiers qui devront être abordés par le prochain président. Qu’il s’agisse de Dilma Rousseff ou de son challenger le sénateur Aecio Neves.

 

Défis économie brésilienne

Du point de vue macroéconomique, on ne peut pas sous-estimer les défis du Brésil. Les fondamentaux parlent d’eux-mêmes. Il faudra certainement plusieurs décennies avant qu’il ne rattrape son retard sur l’Occident. En revanche, il serait risqué de ne pas croire en sa capacité à se renouveler. Les Brésiliens ont su faire preuve, tout au long de leur histoire, d’une résilience impressionnante qui permet d’être optimiste.

Le salut du Brésil ne viendra probablement ni de l’Etat ni de sa classe politique mais plutôt de sa population, de ses fermiers qui ont su entrer par la grande porte sur le marché mondial ou encore de ses nombreux entrepreneurs qui préparent l’économie de demain. Ce sera l’agrégation des initiatives individuelles, la microéconomie, qui permettra au pays de renouer avec les rêves de grandeur.

Source : http://www.latribune.fr/opinions

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Dorénavant, nous ne publierons qu’un seul article par semaine sur la situation sociale, politique ou économique au Brésil. Les prochains mois seront décisifs pour ce grand pays.

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Rififi dans l’air au Brésil (J+32)

J+32

Rififi dans l’air au Brésil, c’est le titre d’un article de Metro Canada que nous reproduisons ci-dessous avec quelques infographies et photos en prime.

Facture salée pour organiser le Mondial, déroute historique face à l’Allemagne: dans un pays où le futobal n’est jamais loin de la politique, la présidente brésilienne Dilma Rousseff est sur le qui-vive.

Dilma Roussef Bresil Brasil Brazil Football Futebol 22

Après avoir dépensé onze milliards pour recevoir la «planète foot», encaissé l’humiliante défaite du 8 juillet au stade Mineirão de Belo Horizonte et même perdu le prix de consolation à la «petite finale» samedi contre les Pays-Bas, le géant sud-américain doit à présent faire face au même tir de barrage: services publics désastreux, corruption endémique, croissance moribonde et surtout inégalités scandaleuses dans un pays si riche.

Les manifestations contre tous ces maux n’ont jamais vraiment cessé pendant le Mondial, auquel s’opposaient 61 % des Brésiliens. La grogne populaire va reprendre de plus belle.

«La réélection de Dilma Rousseff est sérieusement hypothéquée!» lance sans ambages Edgar Bellow, politologue brésilien et professeur associé à la NEOMA Business School de Reims, en France.

Dilma Roussef Bresil Brasil Brazil Football Futebol a2

Il est peut-être trop tôt pour mesurer l’impact du «massacre» de mardi sur la campagne présidentielle qui commence ce lundi pour le scrutin du 5 octobre. Mais…

«Tout ça pour ça?» peut-on lire sur les réseaux sociaux brésiliens. «Ils démontrent que lorsque le pays sortira lentement du cauchemar qu’il vit actuellement, le peuple brésilien demandera des comptes», précise Edgar Bellow dans un échange de courriels.

Dans un pays fou du ballon rond, les années d’élections présidentielles correspondent avec la tenue du Mondial.

Fernando Henrique Cardoso a déjà soutenu que la victoire du Brésil au Mondial de 1994 avait contribué à son élection à la présidence la même année. Il nomma même Pelé, qui permit au Brésil de décrocher sa première Coupe du monde en 1958, ministre des Sports.

Le principal rival de Rousseff, Aécio Neves, espère, lui, que la défaite à Belo Horizonte, sa ville natale, contribuera à le faire entrer au Palácio da Alvorada (palais de l’aurore), la résidence présidentielle à Brasilia.

En attendant, Edgar Bellow prévoit «du rififi dans l’air dans les jours et semaines à venir».

Pour lui, «l’économie brésilienne est aussi en grand danger, car elle ne pourra se remettre de cette défaite humiliante. Du petit vendeur ambulant à la grande distribution, la déprime va s’installer lentement (…)»

Dans un pays où le football a des racines plus anciennes que la démocratie, Dilma Rousseff s’est bien sûr déclarée «très, très triste de la défaite» de mardi.

Dès le coup de sifflet final du Mondial dimanche, la présidente sortante, huée lors de la cérémonie d’ouverture à São Paulo, a lancé sa campagne. Elle promet «plus de changement pour plus d’avenir». Les Brésiliens pourraient bien opter pour la première partie du slogan.

Dilma Roussef Bresil Brasil Brazil Football Futebol c0 Dilma Roussef Bresil Brasil Brazil Football Futebol c1

 

Nos 20 articles préférés de Blogbresil2014 (J+24)

J+24

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Romario veut une enquête sur la corruption après le Mondial (J+23)

J+23

Romario va demander une enquête officielle sur la corruption liée aux travaux du Mondial.

Romario est un ancien international brésilien et il est député fédéral depuis 2010. A ce titre, il peut demander, s’il obtient la signature d’un nombre de députés suffisant, la mise en place d’une Commission d’enquête sur les dépenses engagées pour le Mondial 2014 au Brésil.

Il déclare dans une interview à goal.com :

« Les choses ne se passent comme elles devraient se passer. Nous avons eu des problèmes, ignorés par les médias publics ou internationaux et le tournoi ne va pas être le meilleur de tous les temps. Je ne veux pas que la situation dégénère, mais nous avons besoin d’une enquête après le tournoi … Vous avez vu les manifestations lors de la Coupe des Confédérations l’an dernier, qui ont montré les problèmes de la société brésilienne, mais maintenant, avec le succès de la Coupe du Monde, tous ces problèmes, les dépenses excessives et la corruption sont relégués à l’arrière-plan. »

L’article complet de goal.com :

Romário

The former Selecao striker, now a politician in his homeland, demands an investigation into the corruption and expenditure surrounding the tournament, though he hopes for victory

Romario has blasted the organisation of the world Cup in Brazil, saying that the vision of hosting the best tournament ever has been lost.

Anti-government demonstrations have surrounded the competition, with many Brazilians angry at the spiralling costs of hosting the championships set against the need for investment in basic public services.

Romario, who was elected to the Brazilian Chamber of Deputies in the 2010 elections as a Socialist Party representative, has been a staunch critic of the administration behind the World Cup and continues to denounce the alleged corruption around the event.

« When it was announced that the 2014 edition would be hosted by Brazil, I celebrated a lot, » the 48-year-old told the Times of India.

« I had pointed out two things: Brazil had conditions not only to host the World Cup but also to organise the greatest one. I remain attached to the first idea but, soon after we got the hosting rights, I gave up the second one due to the different issues.

« Things didn’t happen the way they should have. We’ve had problems, a lot not seen by the public or international media and the tournament isn’t going to be the best of all time. I don’t want to make things bad but we need to have a post-tournament inquest.

« You saw the Confederations Cup protests last year, which showed the problems in Brazilian society, but now, with the success of the World Cup, all these problems, the excessive spending and corruption has been pushed to the background. »

Romario, a World Cup winner in 1994, insists that he is still a football supporter and is desperate to see the Selecao lift the trophy despite a tricky semi-final with Germany, whom he formerly branded favourites.

« I stick to what I said last year, » he added when asked whether he still believed that Joachim Low’s men would win the cup.

« But I want Brazil to beat the Germans, who are a very tough team, in the semi-finals and go on to lift the trophy again. It is an incredible feeling. It has become that much more difficult without Thiago Silva and Neymar.

« This Brazilian team isn’t as great as those in the past but still they have it in them to lift the title at home. »

L’économie brésilienne flanche, malgré la Coupe du monde (J+22)

J+22

L’économie brésilienne flanche, malgré la Coupe du monde (Le Figaro)

La Banque Centrale abaisse sa prévision de croissance pour 2014. La hausse des prix atteint un pic de 6 %.

Aussi intense soit-elle au pays du ballon rond, la fièvre du Mondial ne dope pas l’économie brésilienne. Au contraire, la croissance ne cesse de ralentir. Malgré un parcours presque sans faute de l’équipe nationale, la Seleçao, la banque centrale vient encore d’abaisser la prévision de croissance pour cette année à 1,6 %, contre 2 % prévus précédemment. Une croissance trop faible à l’échelle d’un pays émergent. L’enquête réalisée par l’institut monétaire auprès de cent économistes se veut encore plus pessimiste: elle prévoit 1,1 % de croissance. Au premier trimestre, le PIB n’a progressé que de 0,2 %. La production industrielle est au plus bas et le déficit courant s’est creusé à 3,6 %. Les deux moteurs traditionnels – matières premières et consommation de classes moyennes émergentes – ne sont plus au rendez-vous. La moindre demande internationale, surtout de la Chine, premier client du Brésil, et une stabilisation des cours mondiaux pénalisent les exportations.

En interne, le fort endettement des ménages, qui consacrent plus du quart de leurs revenus au paiement de la dette, et la hausse des prix calment l’appétit de consommation. Dans un tel contexte, les ventes d’écrans plats portées par le Mondial ne suffiront pas à relancer les ventes de détail…

Malgré les interventions répétées de la banque centrale, qui a relevé son taux directeur à 11 %, l’inflation devrait atteindre cette année un pic de 6,4 %. En dépit de l’organisation de la Coupe du monde, les investissements ont marqué le pas. «Il y a un déficit très important dans les infrastructures avec un taux d’investissement de 18 %, contre 40 % pour la Chine», note Victor Benavides, analyste Amérique latine de la banque Mirabaud. Lors d’un forum sur l’Amérique latine, organisé ce lundi à Bercy, Luis Alberto Moreno, le président de la Banque interaméricaine de développement (BID), a pointé cette lacune ainsi que la faible productivité. «Il faudrait investir deux à trois fois plus sur vingt ans.» Et de poursuivre sur le mode footballistique. «C’est comme si une équipe sud-américaine entrait sur le terrain avec deux joueurs en moins face à une équipe européenne !»

Baisse de popularité

Les déficiences criantes au Brésil, de transport public, de santé, d’éducation, ont provoqué la colère des Brésiliens en pleins préparatifs du Mondial. Et ce, d’autant que la facture totale a atteint 11 milliards d’euros. Si elle a permis d’améliorer les aéroports, elle a surtout financé douze stades, alors que huit auraient été suffisants. L’économiste de Mirabaud met en cause les réformes mises en place par Dilma Rousseff, «qui ne sont pas favorables aux investisseurs». Pendant sa présidence, le déficit public s’est également creusé à 3,8 % du PIB. Du coup, malgré les mauvais indicateurs, la Bourse brésilienne rebondit depuis quelques semaines à l’idée que Dilma Rousseff puisse perdre les élections prévues en octobre, un scénario encore inenvisageable il y a quelques mois. La présidente accuse une sérieuse baisse de popularité dans les sondages. Elle a néanmoins annoncé qu’elle se représenterait pour un deuxième mandat de quatre ans.

Pour la police militaire brésilienne, le journalisme est le “cancer du monde” (J+18)

J+18

Une reprise d’un article de Reporters Sans Frontières (RSF) du 14 juin dernier sur l’arrestation de la journaliste Karinny de Magalhães à Belo Horizonte, suivi d’un autre article de RSF sur une liste noire établie par le PT (« Parti des Travailleurs » au pouvoir au Brésil depuis 11 ans) qui recense des journalistes désignés comme des “pitbulls des médias”.

 

Pour la police militaire brésilienne, le journalisme est le “cancer du monde”

Reporters sans frontières condamne fermement l’agression dont la journaliste Karinny de Magalhães a été victime à Belo Horizonte, capitale du Minas Gerais, le 12 juin 2014. Alors qu’elle couvrait une manifestation contre la Coupe du monde de football pour le collectif de diffusion d’information en ligne Midia NINJA, elle a été insultée et battue par la police militaire. Arrêtée et conduite au poste de police, elle a perdu connaissance sous les coups des agents.

“C’est un traitement inhumain auquel a été soumise Karinny de Magalhães, a déclaré Camille Soulier, responsable du bureau Amériques de Reporters sans frontières. En pleine Coupe du monde de football, les autorités brésiliennes doivent tout faire pour protéger les journalistes. Selon une résolution des Nations Unies adoptée en mars 2014, les journalistes impliqués dans la couverture de manifestations doivent impérativement être protégés.”

Selon Midia NINJA*, organisation de diffusion de l’information à mi-chemin entre le journalisme et l’activisme, Karinny de Magalhães filmait la manifestation pacifique “Copa sem povo, tô na rua de novo” (la coupe sans le peuple : nous redescendons dans la rue) à l’aide de son téléphone portable. Quand les forces de l’ordre ont commencé à disperser les manifestants à l’aide de gaz lacrymogène, elle a été poursuivie par une dizaine d’agents de la police militaire. Ils l’ont immobilisée et frappée avant de déclarer que les journalistes, “cancer du monde, devraient tous mourir”. Une fois conduite au poste de police, les agents ont perquisitionné son téléphone. Devant son refus de communiquer le code de l’appareil, les agents l’ont battue de plus belle jusqu’à qu’elle s’évanouisse.

Depuis le début des manifestations au Brésil, en juin 2013, environ 120 journalistes ont été victimes d’atteintes à leur liberté d’informer. Selon l’Association brésilienne de journalisme d’investigation (Abraji), plus de 80% de ces abus sont perpétrés par la police militaire, dont Reporters sans frontières a souvent décrié les méthodes extrêmement brutales. Le Brésil est 111e sur 180 pays au Classement 2014 de la liberté de la presse.

Karinny de Magalhães

Karinny de Magalhães

 

Le vice-président du PT dresse une liste noire des journalistes “pitbulls”

Alors que 18 reporters ont été agressés depuis le début du Mondial au Brésil, le vice-président du Parti des travailleurs a accusé nommément une dizaine de journalistes et humoristes d’attiser la haine dans le pays.

La tension entre le gouvernement et les journalistes d’opposition vient de monter d’un cran. Dans un article publié le 16 juin 2014 sur le site du Parti des travailleurs (PT) actuellement au pouvoir, le vice-président du parti Alberto Cantalice dresse une liste noire de journalistes désignés comme des “pitbulls des médias”. Pour lui, la haine de Reinaldo Azevedo, Arnaldo Jabor, Demétrio Magnoli, Guilherme Fiúza, Augusto Nunes, Diogo Mainardi, Lobão, et des humoristes Danilo Gentili et Marcelo Madureira contre les mesures progressistes des gouvernements Lula et Rousseff est devenue évidente depuis le début du Mondial dont ils désirent par ailleurs l’échec.

Ces “ennemis de la patrie” n’ont pas fait attendre leurs réactions. Le journaliste Demétrio Magnoli dénonce sur le site web de Globo un article “calomnieux” et une mesure de propagande de la part du PT. Il s’inquiète de savoir qu’un officiel invite à “chasser“ les journalistes d’opposition “dans la rue”. Reinaldo Azevedo de la revue Veja a, pour sa part, indiqué qu’il déposerait plainte pour diffamation.

“Reporters sans frontières s’inquiète des graves accusations dirigées contre les journalistes, qui émanent directement des hautes sphères du PT, déclare Camille Soulier, responsable du bureau Amériques de l’organisation. Nous n’ignorons pas le contexte polarisé des médias qui peuvent exagérer le mécontentement général. Cependant, les difficultés expérimentées par le PT ne peuvent excuser un laisser-aller vers de la propagande d’État.”

Ces accusations interviennent dans un climat social tendu, où les mouvements populaires contre les dépenses du gouvernement pour la Coupe du monde se multiplient. La police militaire répond par la force et certains journalistes sont pris pour cible. Au total, 17 agressions de journalistes dans le cadre de manifestations ont été recensées par l’Association brésilienne de journalisme d’investigation (Abraji) depuis le début du Mondial. Parmi ces victimes, des correspondants de CNN, d’agences internationales comme Reuters ou Associated Press ainsi que des journalistes de médias locaux ou freelance. Ainsi, Karinny de Magalhães, journaliste et activiste du collectif Mídia NINJA a par exemple été détenue et battue jusqu’à ce qu’elle perde connaissance.

A ces 17 cas s’ajoute également la détention arbitraire de Vera Araújo, du quotidien Globo, le 15 juin dernier, portant à 18 le nombre d’abus. La journaliste filmait la détention d’un touriste argentin lorsqu’elle s’est également fait arrêtée. Un procès a été ouvert à l’encontre du policier responsable de l’arrestation arbitraire.

Le Brésil est 111ème sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. A l’occasion de la Coupe du monde de football, l’organisation a lancé une campagne pour sensibiliser le public sur la situation de la liberté de l’information dans les pays participants. Suivez les feuilles de match de Reporters sans frontières.

Les photos des principaux journalistes de cette liste noire (ce sont tous sans exception des grands noms de la presse brésiliennes ou des humoristes reconnus) :

Reinaldo Azevedo

Reinaldo Azevedo

Arnaldo Jabor

Arnaldo Jabor

Demétrio Magnoli

Demétrio Magnoli

Guilherme Fiúza

Guilherme Fiúza

Augusto Nunes

Augusto Nunes

Diogo Mainardi

Diogo Mainardi

Lobão

Lobao

Danilo Gentili

Danilo Gentili

Marcelo Madureira

Marcelo Madureira